Sur son vélo, le Savoyard Philippe Poncet défie la maladie

Mercredi 21 octobre, il a gravi à vélo le col du Lautaret, transportant l’appareil qui ne le quitte pas, puisqu’il lui permet de respirer. « Une ascension au-delà de 2 000 mètres d’altitude par un malade respiratoire, c’est du jamais vu, souligne l’homme de 56 ans. J’adore la route du Lautaret, mais mon niveau de maladie rendait cela impossible. En plus, personne ne savait si je passerais la barre des 2 000 mètres ou si je ne devrais pas rentrer en hélicoptère. » Bien au contraire : si ça n’avait tenu qu’à lui, il aurait enchaîné sur le Galibier. Originaire de Moûtiers, en Savoie, Philippe Poncet apprend fin 2008, au CHU de Grenoble, qu’il est atteint d’une BPCO au stade terminal.

Très invalidante, la broncho-pneumopathie chronique obstructive touche les bronches. En France, elle concerne 7,5 % des adultes, soit 3 à 3,5 millions de personnes – dont beaucoup ne le savent pas. Officiellement, 16 000 Français y succombent chaque année. « Les malades meurent à petit feu, dans le silence », constate Philippe Poncet. Et c’est justement ce qu’il veut éviter.

Pour survivre, les deux principaux médicaments sont l’oxygène et la reprise de l’effort physique. Très sportif dans sa jeunesse – il était au ski-études de Bourg-Saint-Maurice –, Philippe Poncet a des facilités, et s’entraîne comme un fou. « Les autres malades n’ont pas cette chance. Du coup, c’est un peu moi qui défends la cause. » En 2013, le Savoyard franchit l’Espigoulier, le plus haut col des Bouches-du-Rhône. Seul au départ, il force l’admiration, au fil de ses performances. Et c’est toute une galaxie de stars du vélo qui le rejoint progressivement, dont Daniel Morelon (triple champion olympique sur piste) et Christian Seznec (lieutenant de Raymond Poulidor). Issu du milieu, il maîtrise les codes de la communication. Résultat : il est suivi par France Télévisions pendant un an, par le New York Times la semaine dernière. Vendredi, Yann Arthus-Bertrand l’a photographié en compagnie de la championne savoyarde de cyclo-cross Marlène Petit.

Après le record du monde de vitesse sur 200 m, le 6 juin dernier à Eybens-Grenoble, le cycliste a établi le premier record du monde de l’heure sous assistance respiratoire, le 12 octobre, au vélodrome d’Hyères, dans le Var. « Je ne me bats pas pour moi. Le but, c’est d’attirer l’attention sur la BPCO, qui tue plus que la route ou le VIH… mais on n’en parle pas. » Philippe Poncet suspecte « des lobbies », dont celui du tabac, d’être à l’origine de ce silence. En décrétant “l’urgence BPCO”, il veut obliger l’État français à enfin s’attaquer à la maladie.

Philippe Poncet préside l’association O2 & Cie, à retrouver sur Facebook.
Dans l’aventure engagée par Philippe : Hervé Thuet, 13 coupes du monde sur piste, - Vincent Le Quellec, double champion du monde par équipe avec Florian rousseau et Arnaud Tournan, - Christian Seznec, 9 Tours de France, 2 étapes et bras droit de Joop Zoetemelk et Poulidor, - Pascal Poma, chef mécano O2 & Cie, - Philippe Poncet, - le docteur Jean-Jacques Roux, membre de l’équipe O2 & Cie.

[Source : Le Dauphiné.com - Par Nicolas MANIFICAT | Publié le 30/10/2015]

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Difficile de grimper le Galibier quand on manque d’oxygène

Le monêtier-les-bains - Un cycliste d’AG2R placé dans les conditions d’un malade respiratoire ne parvient pas à grimper le col et s'arrête au bout de 500 mètres dans le col du Galibier.

ll a les jambes lourdes et la tête qui tourne. Les entrailles nauséeuses, le visage pâle et le cœur qui palpite. Dès les premiers lacets du Galibier, Guillaume Bonnafond (à g sur la photo) est en grande souffrance. Pourtant, à 28 ans, ce cycliste de l’équipe AG2R est un professionnel aguerri à la carrière déjà bien remplie. Tour d’Espagne, Tour d’Italie, Tour du Limousin, Tour de Lombardie : Guillaume Bonnafond n’a pas l’habitude de faiblir lorsque la route s’élève.

« C’était une défaillance prévisible, puisque nous avons placé ce coureur sous obstruction respiratoire en réduisant son apport en oxygène d’environ 40 % », prévient le Dr Jean-Jacques Roux. En réalisant cette expérience scientifique, ils ont voulu apporter un éclairage médiatique sur l’association O2 & Cie et, plus particulièrement sur Philippe Poncet, déficient pulmonaire qui, la veille, a lui aussi gravi les pentes du Lautaret, puis du Galibier. « Nous avons voulu comparer les performances d’un malade sous oxygène avec celles d’un professionnel en déficit d’oxygène », commente le Dr Roux. Les résultats sont riches d’enseignements. Pas d’un point de vue médical, mais humain.

« Quand il était près du bord, j’ai eu peur qu’il fasse un malaise »

« Philippe a un courage exceptionnel, observe le médecin. Il est parti du Monêtier-les-Bains et a rallié le col du Lautaret, puis a continué dans le Galibier sur environ 2 kilomètres. Guillaume, lui, a fait un premier passage en conditions normales et habituelles et a réalisé l’ascension à 20-20 km/h de moyenne. Mais lorsque nous l’avons placé sous obstruction respiratoire pour un deuxième passage dans le col, il a été en difficulté très rapidement et a abandonné au bout de 500 mètres dans le col du Galibier. L’objectif, c’était qu’il aille jusqu’au sommet, mais il a été pris de maux de tête. Quand il était près du bord, j’ai eu peur qu’il fasse un malaise, donc a joué la prudence. »

Pour montrer qu’il brave les éléments et la maladie, Philippe Poncet n’a pas hésité, via l’association O2 & Cie à médiatiser son action en sollicitant le New York Times. Le documentaire est en cours de tournage. « Certes, il n’y a rien de médical dans cette expérience dont la visée est promotionnelle. Mais c’est important de montrer que Philippe se surpasse », analyse le Dr Roux (photo), qui a tout de même repris son rôle de médecin lorsque Guillaume Bonnafond a posé le pied à terre.

[Source : Le Dauphin.com Par Y.G. | Publié le 30/10/2015]

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