Journée mondiale de la BPCO : une maladie méconnue et sous-diagnostiquée

 

Et si cette bronchite était chronique ?

Le tabac est la première cause de ce mal sous-diagnostiqué, dont souffrent 3,5 millions de Français

Durant deux années, Brigitte Wieczorek s’est plainte d’essoufflement à son médecin généraliste. Cette femme, âgée de 52 ans, est atteinte de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO). Une maladie des poumons et des bronches caractérisée par une obstruction permanente de ces dernières. Brigitte Wieczorek est une ancienne fumeuse – de 20 à 30 cigarettes par jour pendant trente ans. Elle a commencé à fumer à 16 ans.

Fréquemment appelée bronchite du fumeur, la BPCO touche 3,5 millions de Français (environ 7,5 % des adultes de plus de 45 ans) et cause environ 16 500 décès par an. Les femmes sont de plus en plus concernées. Environ 100 000 patients vivent sous assistance respiratoire. Dans les pays industrialisés, cette maladie devrait être la cinquième cause de mortalité en 2030, prévoit l’Organisation mondiale pour la santé (OMS).

 » La BPCO est sous-diagnostiquée, estime Claire Fuhrman, de l’Institut national de veille sanitaire (InVS). Ce terme est méconnu du public. Les termes de « bronchite chronique » et d’ »emphysème » – une destruction plus ou moins étendue des alvéoles constituant les poumons – sont souvent employés pour la nommer.  » Un groupe de médecins avait cogité, il y a une dizaine d’années, pour trouver un autre nom… Jean-François Cordier, président de la Société de pneumologie de langue française, lançait déjà en mai 2001 un cri d’alarme dans Le Monde :  » Portant un nom à rallonge, broncho-pneumopathie chronique obstructive, la BPCO sévit à bas bruit mais n’a jamais réussi à se faire connaître.  »

Cette maladie insidieuse rend parfois irascible. Nombre de patients n’acceptent pas  » d’être continuellement sous apné « , constate Alain Murez, président de la Fédération française des associations et amicales de malades, insuffisants ou handicapés respiratoires (Ffaair).  » Lorsque l’on respire mal, c’est la panique. Une fois, en plongée, je suis resté bloqué dans une grotte. Cette maladie, c’est la même chose, on étouffe « , témoigne René Paserot. Ce septuagénaire a passé six ans sans être diagnostiqué. Il s’est retrouvé aux urgences en 2009 pour une exacerbation (une poussée d’aggravation des symptômes habituels de la maladie). Ancien gros fumeur – deux paquets de Gitane par jour pendant quarante ans -, il est aujourd’hui sous oxygène en permanence.

Le tabac est, dans 80 % des cas, la cause de cette maladie. L’arrêt de sa consommation est donc une priorité, quel que soit l’avancement du mal. L’exposition professionnelle est aussi un facteur de risque, de même que la pollution.  » Le tabac est une cause tellement massive qu’il vaut mieux être non-fumeur dans un environnement très pollué qu’être fumeur dans un environnement très sain « , détaille le docteur Yves Grillet, président de l’association BPCO et pneumologue à Valence (Drôme).

Pour faire connaître la maladie, l’association BPCO organise un colloque mardi 13 novembre, à l’occasion de la journée mondiale.  » C’est une maladie assez traître « , constate René Paserot.

 » J’étais déjà malade mais je ne voulais pas le savoir « , explique de son côté Urte André, qui souffrait de bronchite depuis une quinzaine d’années. Elle a été diagnostiquée BPCO en novembre après une embolie pulmonaire. Agée de 72 ans, elle a arrêté de fumer deux ans avant de tomber malade mais  » les dégâts étaient faits « .

 » La maladie a été détectée onze ans trop tard, raconte Alain Murez. J’avais des bronchites à répétition, j’étais essoufflé, aucun médecin n’a jamais rien imaginé. Mon tort : Je ne fumais pas !  » Son affection n’a été réellement diagnostiquée que lors d’une hospitalisation en urgence en 2005. Aujourd’hui, cet ancien directeur financier se déplace en permanence avec sa bouteille d’oxygène. Sa maladie est d’origine professionnelle.

Deux patients sur trois ne connaissent pas leur maladie. D’où l’importance d’un diagnostic précoce. Seule la mesure du souffle, avec au minimum une spirométrie complète et parfois des tests de marche de six minutes, permet d’établir le diagnostic et le degré de sévérité de la maladie.  » Pourtant, rares sont les médecins à le faire « , regrette le docteur Yves Grillet.

 » Les manifestations de cette maladie ne sont pas spectaculaires et s’installent très progressivement et sournoisement, poursuit le spécialiste. Il n’y a pas, comme pour les maladies cardiaques, la crainte de survenue d’accidents graves et brutaux, ce qui est une erreur. De ce fait, le diagnostic est encore trop souvent établi trop tardivement.  »

Pascale Santi, Le Monde, 14 novembre 2012

Les sites à consulter : Bpco-asso.com ; Bpco.ffaair.org ; Lesouffle.org

L’activité physique en complément des médicaments

SI ON NE GUÉRIT PAS de la broncho-pneumopathie chronique obstructive (PBCO), il est possible de freiner la maladie. L’arrêt de la cigarette est primordial. La Fondation du souffle devait lancer mercredi 14 novembre une campagne en direction des jeunes. Une activité physique, en complément des médicaments, est très bénéfique.  » Durant la maladie s’installe une spirale qui conduit à un déconditionnement musculaire : plus l’essoufflement est important, plus l’activité physique diminue, plus s’installe une atrophie musculaire. L’intérêt de la réhabilitation respiratoire est de rompre cet enchaînement et de redonner une autonomie au patient « , estime le professeur Bruno Housset, président de la Fédération française de pneumologie et pneumologue au Centre hospitalier intercommunal de Créteil (Val-de-Marne).

 » Tueur silencieux « 

Ces programmes de réhabilitation, qui comportent une prise en charge globale (aide à l’arrêt du tabac, activité physique, aide psychologique, diététique…), peuvent être faits dans des centres ou en ambulatoire.  » La littérature internationale montre que la réhabilitation respiratoire réduit les exacerbations, la sensation d’essoufflement, les hospitalisations et améliore la qualité de vie « , explique le professeur Housset. Or, la réhabilitation ambulatoire n’est pas prise en charge par l’assurance-maladie, malgré un avis positif de la Haute Autorité de santé. Soignants et patients le déplorent.  » Malgré des demandes réitérées, la Fédération française de pneumologie n’a pas obtenu à ce jour de rendez-vous avec le directeur général de l’assurance-maladie. Or, la BPCO est un tueur silencieux, elle tue plus que les accidents de la route ou les suicides « , dénonce le docteur Grillet président de l’association BPCO et pneumologue à Valence (Drôme).

 » Le problème est le maintien des acquis après ces programmes de réhabilitation, insiste le professeur Nicolas Roche, pneumologue à l’Hôtel-Dieu à Paris. Il y a un manque cruel de structures disponibles, les patients sont obligés de se débrouiller pour trouver des financements « .

Pour Urte André, une patiente souffrant de BPCO,  » c’est une obligation de faire de la marche à pied, de la musculation. On n’essaie plus de guérir, mais de rendre la vie plus agréable « . .

P. Sa

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