Plan anti tabac : silence radio sur la BPCO

La ministre des Affaires sociales et de la Santé a présenté son plan de mesures pour lutter contre le tabac. Attendues de longue date, les dispositions arrêtées n’ont rien de révolutionnaire et ciblent les jeunes publics. Le plan souhaite impliquer les généralistes dans la prévention du tabagisme. Il passe totalement sous silence les risques de BPCO associés au tabac.

Il n’y aura pas d’augmentation des prix des cigarettes vendues en France. Les récentes campagnes de lobbying conduites par les buralistes auront permis à ces derniers d’éviter de nouvelles baisses de chiffre d’affaires et la fuite d’une partie de leur clientèle vers les pays limitrophes. On pourra le regretter si l’on sait que les augmentations de prix du tabac ont un effet immédiat sur la consommation de cigarettes, ainsi que des reports vers des produits de substitution, dont la cigarette électronique qui se trouve au centre de bien des interrogations et rapports ces derniers mois.

Ainsi, le vapotage – qui a fait l’objet d’un rapport de l’OMS, sera interdit dans les lieux publics. Cette interdiction fait suite à un avis du Conseil d’Etat du 17 octobre 2013, par lequel l’usage de la cigarette électronique demeure prohibé dans les établissements accueillant des mineurs, dans tous les moyens de transport collectif, ainsi que dans tous les espaces clos collectifs de travail. Objectif affiché par Marisol Touraine : éviter que l’usage de la cigarette électronique ne se transforme en « une porte d’entrée vers le tabagisme » chez les jeunes, et surtout d’« éviter de banaliser l’attitude du fumeur ». Une approche qui est en débat dans les rangs de la communauté médicale.

Face à l’attitude de nombre de parents et surtout de mamans qui fument, souvent en présence de leurs enfants dans les aires de jeux publiques, voire au volant de leur voiture en conduisant avec des enfants à bord, la ministre introduit une nouvelle mésure : celle de sanctionner cette attitude, comme l’est l’usage du mobile en conduisant. En appui de cette interdiction de fumer en présence des enfants de moins de 12 ans, le ministère de la Santé souligne que « la concentration de particules fines est dix fois plus élevée sur les sièges arrière des véhicules “fumeur” », et dépasse de plus de trois fois le seuil moyen admis par l’Organisation mondiale de la santé [OMS] ».

Les paquets de cigarettes devront également être normalisé : ils auront à l’avenir la même forme, la même taille, la même couleur et la même typographie. L’emballage servira à indiquer des avertissements sanitaires. Toujours présente sur les paquets, la marque sera limitée à une inscription de taille définie et très discrète, située toujours au même endroit sur les paquets, indique le ministère. La place réservée aux avertissements sanitaires (« Fumer Tue » ‘Fumer nuit gravement à votre santé »…) passera de 30 et 40 % à 65 % de la superficie des deux côtés du paquet, à compter du 20 mai 2016, comme prévu par la directive européenne « tabac ».

pas un mot sur la BPCO !

La ministre de la Santé, conformément aux propos tenus lors de la présentation de sa loi de Santé, en juin dernier, souhaite également impliquer davantage les médecins traitants dans la lutte contre le tabagisme. « Leur rôle dans la sensibilisation de ses patients aux risques du tabac est un élément important de l’efficacité d’une politique de lutte contre le tabagisme », a-t-elle souligné pour la circonstance. Un indicateur sur le tabagisme sera ainsi ajouté parmi ceux retenus dans la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) des médecins traitants.

Enfin, le plan anti-tabac s’accompagne d’une campagne d’information sur les dangers du tabac en particulier ses risques de générer un cancer. Des films et des bandes son sont programmées depuis la fin du mois de septembre. Ils témoignent de patients qui envoient un « dernier message » à leur famille avant de mourir d’un cancer du poumon. On regrettera la dramatisation de ces mises en scènes qui peuvent laisser perplexes. On regrettera surtout qu’une fois encore les campagnes de lutte contre le tabac fassent totalement l’impasse sur un des conséquences majeures du tabagisme : la BPCO !

L’ensemble des mesures de ce plan de lutte anti tabac devrait être inscrit dans la future loi de Santé du gouvernement qui sera présentée à l’Assemblée nationale en 2015.

JJC

Haut