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Challenge

Le meilleur remède contre le tabagisme, la prévention

20-04-2008,

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L'OMS calcule qu'une hausse de 70% des prix diminuerait d'un quart la mortalité liée au tabac dans le monde.


Le tabac est un plaisir que le Vieux Monde souhaiterait n'avoir jamais emprunté au Nouveau. En 1492, lorsque Christophe Colomb fut accueilli par la population indigène avec des «fruits, des lances de bois et des feuilles séchées au parfum particulier», il se débarrassa de ce dernier cadeau. Cependant les membres de son équipage revinrent chez eux avec l'habitude d'aspirer la fumée, et ce goût se développa si rapidement qu'en 1604 le roi James Ier d'Angleterre condamna publiquement «les innombrables abus de cette infâme coutume». Non seulement infâme, mais addictive et mortellement dangereuse.
D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 100 millions de personnes sont mortes prématurément au cours du XXe siècle à cause du tabac. Si la tendance actuelle n'est pas freinée, un milliard de plus risquent de mourir au cours de ce siècle.

Information

Du coup, en 2004, l'Irlande a banni le tabac des lieux de travail; depuis le début de cette année, les cafés et restaurants français n'ont plus droit au tabac. Les restrictions draconiennes imposées par la Californie en 1998 ont été suivies, au moins en partie, par la moitié des Etats américains. Mais le nombre de fumeurs en Chine, en Inde et dans d'autres » pays en voie de développement 1 continue de croître, et l'addiction se répand plus vite que l'information. D'où la détermination de tous ceux qui sont concernés par la santé mondiale de durcir la guerre menée au tabac.
Plus de 150 pays ont déjà ratifié la Convention pour la lutte anti-tabac de l'OMS, qui oblige les pays signataires à appliquer une série de mesures. De plus, Margaret Chan, directrice générale de l'OMS, et Michael Bloomberg, le maire de New York farouchement antitabac, ont présenté en février dernier l'étude la plus complète jamais réalisée sur l'usage du tabac. Dans la Grosse Pomme, sous l'impulsion du maire, le nombre de fumeurs adultes a diminué de 20%, et de 50% chez les adolescents. Cette enquête est une «exhortation à prévenir une catastrophe dans le domaine de la santé publique», estime le docteur Douglas Bettcher, responsable de la Tobacco Free Initiative à l'OMS. Il en ressort que la plupart des pays n'ont pas encore appliqué les actions efficaces concernant en priorité les fumeurs déjà existants : améliorer les informations sur l'usage du tabac, imposer des restrictions nationales, intensifier les efforts pour persuader et aider les fumeurs à se déshabituer du tabac. Mais mieux vaut prévenir que guérir : l'OMS préconise l'obligation générale d'inscrire sur les paquets des avertissements de grande taille et agressivement illustrés, et l'interdiction totale de la publicité en faveur du tabac. La dernière mesure a été efficace dans les quelques pays qui l'ont adoptée (ils ne dépassent pas 5% de la population mondiale), alors que l'interdiction partielle de la publicité a peu d'effet.

Taxation

Et le nec plus ultra, d'après l'OMS, c'est l'augmentation des taxes : 10% de prélèvement supplémentaire provoquent une diminution de 4% de la consommation dans les pays riches, et de 8% dans les pays pauvres, tout en améliorant les rentrées fiscales malgré des ventes en baisse. Une augmentation de 70% du prix du tabac, que l'OMS appelle de ses voeux, conduirait à une diminution d'un quart de la mortalité liée au tabac dans le monde. L'argument de l'organisation est que la hausse des taxes dégage des fonds pour la lutte antitabac, et se révèle très efficace dans les populations pauvres, plus sensibles aux prix. Cette action est d'autant plus urgente que l'industrie du tabac est en train d'en faire des accros en ciblant désormais les régions à bas niveau de vie. Grâce à leurs campagnes tapageuses, notamment vis-à-vis des femmes, les cigarettiers sont parvenus à doubler le taux de consommation en Russie depuis 1991. Fin mars, Altria, la multinationale de tabac basée aux Etats-Unis, a ainsi filialisé Philip Morris International, devenu une entité étrangère séparée, pour mieux se consacrer à ces nouveaux marchés. La Chine abrite aujourd'hui le quart des fumeurs du globe. Une société y fabriquera bientôt pour Philip Morris les cigarettes Marlboro, et exportera le tabac chinois vers d'autres pays. Les moyens employés par les défenseurs de la santé publique peuvent paraître disproportionnés. Mais ces derniers font valoir que, face à un adversaire aussi puissant, il faut déployer l'artillerie lourde. De fait, l'éradication du tabac pourrait se révéler aussi difficile que celle du paludisme.

The Economist Londres 2008


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